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Acasă arrow Domenii arrow Traduceri arrow Versuri de Marian Draghici (traducere din franceză de Sonia Elvireanu), nr. 2(177), februarie 2018
Versuri de Marian Draghici (traducere din franceză de Sonia Elvireanu), nr. 2(177), februarie 2018 Print
Feb 27, 2018 at 11:00 PM

Marian DRĂGHICI

Poet prin excelenţă, eseist, subtil critic literar, redactor la „Viaţa Românească”, Marian Drăghici mizează pe o singură carte, „Cartea Creaţiei” sau  Ghidul supravieţuirii poetului, la care fac referire versurile sale, intenţie perceptibilă în reiterarea obsesiei poeziei în forme diverse, confirmată de antologiile sub genericul artă poetică: Harrum, cartea ratării (2001), Negresa: poeme pentru Epocalipsă (2005), lumină, încet (2013). În poemele ulterioare, poetul nu renunţă la motivul major al liricii sale, dimpotrivă, ne surprinde prin reluarea lui într-o formulă postmodernistă.  Poemele sale gravitează în jurul acestui nucleu, actul creaţiei, condiţie sine qua non a liricii sale, cu surprinzătoare şi inepuizabile nuanţări, izvorâte din iubirea sa pentru artă. Fiecare volum e (re)scris, reconstruit pe această mare şi fertilă obsesie. Antologiile, alcătuite după două principii, unul ideatic (coerenţa tematică), altul tehnic (arta de orfevru), confirmă singularitatea poetului, miza estetică, arta de fin bijutier al expresiei poetice, trăirea prin poezie până la identificare.

 

moi, Marthe et Marcel

 

que quelqu’un me montre tous les jours voici la phrase

par laquelle on doit commencer aujourd’hui le poème

pour aller loin.

 

une phrase éclatante, rayonnante

ayant le pouvoir de sauver (justifier)

toutes les obscurités

que le texte aurait retenues par la suite.

 

quelque chose de ce genre:

je me suis enfin levé, j’ai tourné le coin de la rue,

et tout à coup elle a surgi devant moi

verticale

la mer.

 

„tu as frappé à toutes les portes qui ne donnent sur rien

et contre la seule par laquelle on puisse entrer

et que tu aies en vain cherchée cent ans de suite

tu te heurtes sans le savoir et elle s’ouvre”

(Le Temps Retrouvé, tome I)

 

Marthe: oh, mais naturellement!

et moi j’allais perdre puisque l’heure avançait,

 

donc je me suis levé décidé, j’ai tourné le coin de la rue

j’y ai fait quelques pas

et soudain

elle a surgi devant moi

la mer.

 

vous comprenez? non pas un bout de mer,

ni un petit golfe quelconque avec une plage splendide,

mais la mer debout

verticale et menaçante.

 

il n’y avait que moi et la mer

nous mesurant des regards

(Marcel: je suis extrêmement preoccupé par

la manière dont les visages vieillissent)

dans une solitude de plus en plus étrange et accablante,

si bien que j’y suis entré habillé, je l’ai traversée

jusqu’au lendemain vers le soir

lorsque j’ai atteint l’autre bord

où voilà que je m’arrête à attendre (hallali hallali:

air de cor de chasse

d’habitude il annonce que le cerf est attrapé)

assis sur un banc à trois-quatre pas du coin

d’une rue dont je ne me souviens plus hallali hallali.

 

Marthe: pendant qu’il me retenait  en me regardant

de ses grands yeux tristes.

 

Marcel: maintenant que vous savez le chemin

j’espère que vous reviendrez

(il ne faut pas surtout regarder mon visage

car j’ai l’air d’être mort).

 

le fumeur

 

une maison déserte en hiver

une maison déserte peu importe la saison

au bord du fleuve, une veille baraque au fond

où un homme seul

ne fait que fumer jusque tard dans la nuit

le regard immobile devant la fenêtre,

se remettant sur la chaise et se relevant de sa table à écrire

mécontent sans même connaître la raison

de son mécontentement: la poésie? la vie?

ce pays glorifié

par l’invasion des barbares?

 

on a fait la noce avec les barbares

on a bu du vin avec les barbares

dans les livres des barbares on a cherché la voie, la vérité et la vie

dans les maisons des barbares où

le batracien athée même est dieu

nos femmes accouchèrent dans le coassement général

des bébés faméliques de barbares.

 

ces gens qui étaient cependant une solution (selon kavafis)

voilà qu’ils restent définitivent chez nous.

nous tous, jusqu’au dernier

nous deviendrons sans doute des barbares

nous tous, jusqu’au dernier, toi, moi,

nous coasserons dans le pays

du batracien athée.

 

à son avènement le Seigneur

y trouvera, s’il trouve,

une maison déserte en hiver,

une maison déserte peu importe la saison

au bord de l’étang une veille baraque au fond

où un homme seul ne fait que fumer jusque tard dans la nuit

le regard immobile devant la fenêtre 

 

tout autour

sous la lune se traînant ensanglantée sur la terre

un peuple de barbares réclamant sa tête

en coassant

en coassant

en coassant

en coassant

en coassant

 

pendant qu’il allume sa cigarette,

il allume sa cigarette encore et encore une fois,

le regard immobile devant la fenêtre

se remettant sur la chaise et se relevant de sa table à écrire

mécontent sans même connaître la raison

de son mécontentement.

 

le berceau de la chatte. une cantilène

 

le soir depuis  quelque temps

lorque la nuit tombe

je vis tranquillement

en ton absence

avec ton image évanescente mais lumineuse.

 

(vide,

certainement,

le berceau invisible de la chatte

grince dans la maison:

n’en aie pas peur)

 

il ne nous manque rien, rien

ne peut  plus  arriver

la mort ne nous a pas séparés ni l’oubli –

tu as l’air d’être encore plus belle.

 

seule la mer et

l’instinct de nous serrer dans les bras

nous trouble encore parfois

lorsque le soir tombe

et qu’il fait  nuit

mais tout d’un coup le jour se lève

et tu t’évanouis dans la clarté de l’aube.

 

(doucement,

à vrai dire,

le berceau en verre de la chatte

vole en éclats:

n’en aie pas peur)

 

autoportrait à branche de chardon

                            d’après Albrecht Dürer

 

c’étaient comme des voix en changement

les signes fastes sur la terre.

 

moi – même, le génie

 

maintenant un fil d’araignée dans les nues,

un chauve-souris de la patience –

 

pendant les nuits d’hiver c’est à branche de chardon

que je promenais les mondes à se baigner,

ceux qui existent.

 

cette eau d’après leur bain je le bois encore, je le bois encore

pour moi, chauve-souris de la patience sur la terre,

des souris et des ermites

emportés par le vent d’un rivage inconnu.

 

le poème de la candeur

 

d’où jaillira l’étincelle de ce poème?

le champ est désert, clair,

les pluies ne sont pas encore tombées,

on ne voit nulle part un bosquet, même défeuillé.

 

l’homme est nu, quelqu’un

(à peine)

l’a aperçu.

 

mets un vêtement sur tes épaules et viens,

viens en automne cueillir le raisin /

la vie sur la colline.

voilà ce qui nous attire.

(soit, le fil de la langue s’est rompu).

 

rien de sentimental, l’existence continue,

cependant cette dame, je ne sais pas comment tu l’appelais

est-elle toujours seule?

je passerais parfois chez elle, surtout en hiver

mais est-elle vraiment seule?

 

je crois qu’elle a de plus en plus de peine

à tresser seule ses cheveux, blancs,

sacrés cheveux, ils cachent quelque chose.

l’étincelle de ce poème?

l’asperge? tu sais, cette plante comme un petit sapin

vert-vert

oui, oui,

cette plante qui ne sert à rien

même si parfois, lorsque j’étais enfant

je l’ai apportée dans la maison.

 

puisqu’elle était verte, et fraîche.

et elle cachait quelque chose.

 

Poeme din antologia lumină, încet

de Marian Drăghici

Traducere de Sonia ELVIREANU


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